Cap Juby,
Hélène,
Il y a ici un vent qui ne s'arrête jamais. Il entre dans la baraque par les planches disjointes, il dépose sur la table un sable si fin qu'on l'écrit du doigt. Le soir, quand les moteurs se taisent, on l'entend penser.
Je t'écris avec la lampe posée sur une caisse. Les Maures viennent parfois s'asseoir sur le seuil, ils ne disent rien, ils regardent la mer comme on regarde un feu. Je crois qu'ils attendent la même chose que moi, mais ils ne savent pas quoi.
Je pense à toi comme on pense à l'eau. Pas tout le temps — on ne pense pas à l'eau tout le temps — mais dès que je m'arrête.
Écris-moi par le courrier de Casablanca. Il met douze jours. Douze jours, c'est le temps qu'il faut à une lettre pour devenir vraie.
Jacques